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Prêt en francs suisses : qui peut prétendre à l'annulation et sous quels délais ?

Qui sont les emprunteurs éligibles à une action en annulation ?
 
Les travailleurs frontaliers constituent la catégorie d'emprunteurs la plus concernée par les prêts en francs suisses. Ces personnes exerçant une activité professionnelle en Suisse tout en résidant en France ont été particulièrement ciblées par les établissements bancaires qui leur présentaient ces crédits comme une solution logique compte tenu de leurs revenus en francs suisses.

 

Pourtant, même ces emprunteurs ont subi les conséquences dramatiques de l'appréciation de la devise suisse. Leur qualité de consommateur leur permet de bénéficier de la protection du droit de la consommation et d'agir en annulation.

 
Les investisseurs immobiliers ayant souscrit un prêt en devise pour financer l'acquisition d'un bien locatif peuvent également prétendre à l'annulation dans certaines conditions.

 

La jurisprudence examine au cas par cas si l'emprunteur agissait dans un cadre professionnel ou personnel. Lorsque l'investissement reste marginal et ne constitue pas une activité habituelle, les tribunaux reconnaissent généralement la qualité de consommateur.

 

Les personnes ayant acquis leur résidence principale ou secondaire grâce à un prêt en francs suisses entrent sans difficulté dans le champ d'application de la protection des consommateurs.

 
Les particuliers qui ont souscrit ce type de crédit pour des besoins personnels, même s'ils ne travaillent pas en Suisse, peuvent également engager une action en annulation.

 

La nationalité ou le lieu de résidence ne constituent pas des critères déterminants pour bénéficier de la protection. Ce qui compte, c'est la qualité de consommateur et l'existence de clauses abusives dans le contrat de prêt.

 

Certains emprunteurs ont contracté ces prêts toxiques sur la base de simulations trompeuses ou de conseils inadaptés de leur banquier. La protection s'étend à tous ceux qui ont été victimes d'un défaut d'information caractérisé de la part de leur établissement prêteur.

 
Quelle est la durée du délai de prescription pour agir en justice ?
 
Le délai de prescription applicable aux actions en
annulation de prêt en francs suisses est fixé à cinq ans par l'article 2224 du Code civil. Ce délai constitue la durée maximale pendant laquelle un emprunteur peut exercer son droit d'agir en justice pour contester la validité de son contrat de crédit.

 

Au-delà de ce délai, l'action est irrecevable et l'emprunteur perd définitivement la possibilité d'obtenir l'annulation devant les tribunaux. La question cruciale réside dans la détermination du point de départ de ce délai de cinq ans, qui fait l'objet de débats juridiques et d'une jurisprudence évolutive.

 
La jurisprudence traditionnelle considérait que le délai de prescription commençait à courir à compter de la date de signature du contrat de prêt. Cette interprétation stricte aurait pour conséquence de rendre irrecevables la plupart des actions des emprunteurs ayant souscrit leur crédit avant 2019.

 

Cependant, cette approche a été progressivement remise en cause par les tribunaux qui ont adopté une analyse plus favorable aux victimes de ces crédits toxiques.

 

Les juges ont considéré qu'on ne peut reprocher à un emprunteur de ne pas avoir agi alors qu'il ignorait l'existence d'un préjudice ou ses causes.

 
La jurisprudence récente retient désormais que le point de départ du délai se situe au moment où l'emprunteur a eu connaissance ou aurait dû avoir connaissance du caractère abusif des clauses contractuelles et du préjudice en résultant.

 

Pour les prêts en francs suisses, ce moment correspond généralement à la date à partir de laquelle l'appréciation significative de la devise suisse a provoqué une augmentation sensible des échéances et du capital restant dû.

 

Le choc monétaire de janvier 2015, lorsque la Banque nationale suisse a supprimé le taux plancher, constitue souvent une date de référence retenue par les tribunaux pour fixer le début du délai de prescription.

 
Comment interrompre ou suspendre le délai de prescription ?

 
L'envoi d'une mise en demeure à l'établissement bancaire constitue le moyen le plus courant d'interrompre le délai de prescription. Cet acte, qui doit impérativement être adressé par lettre recommandée avec accusé de réception, fait repartir le délai de prescription pour une nouvelle période de cinq ans.

 

La mise en demeure doit être suffisamment précise et mentionner explicitement les griefs reprochés à la banque ainsi que la demande d'annulation du contrat. Un simple courrier de réclamation sans contenu juridique précis ne produit généralement pas d'effet interruptif de prescription.

 
L'engagement d'une procédure judiciaire par le dépôt d'une assignation devant le tribunal compétent interrompt définitivement le délai de prescription tant que l'instance reste pendante.

 

Une fois l'assignation délivrée par huissier de justice à la banque, l'emprunteur n'a plus à craindre une éventuelle prescription de son action. La durée de la procédure, qui peut s'étendre sur plusieurs années entre la première instance, l'appel et l'éventuel pourvoi en cassation, n'a donc aucune incidence sur la recevabilité de l'action.

 

Cette interruption définitive explique l'importance d'agir rapidement lorsque l'on s'approche de la fin du délai de cinq ans.

 
D'autres actes interruptifs peuvent être envisagés, comme la saisine d'un médiateur bancaire ou l'engagement d'une procédure de conciliation.

 

Toutefois, leur efficacité en matière d'interruption de prescription reste débattue et il est préférable de privilégier la mise en demeure formelle suivie, si nécessaire, d'une action judiciaire.

 

Les emprunteurs doivent également conserver précieusement les preuves de leurs démarches, notamment les accusés de réception des courriers recommandés et les copies de toutes les correspondances échangées avec la banque.

 

Ces documents pourront être produits devant le juge pour démontrer que l'action a été engagée dans les délais requis.

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Existe-t-il des cas particuliers affectant les délais

d'action ?
 
Les co-emprunteurs doivent être particulièrement vigilants car le délai de prescription court de manière autonome pour chacun d'entre eux.

 

Si un seul co-emprunteur agit en justice, cette action n'interrompt pas automatiquement le délai pour l'autre co-emprunteur. Il est donc impératif que tous les co-emprunteurs se joignent à l'action ou accomplissent des actes interruptifs de prescription individuellement.

 

En cas de divorce ou de séparation, les ex-conjoints co-emprunteurs conservent chacun le droit d'agir en annulation et doivent coordonner leurs démarches pour éviter toute forclusion.

 
Le décès d'un emprunteur soulève des questions spécifiques concernant la transmission du droit d'agir aux héritiers. Les héritiers qui acceptent la succession peuvent poursuivre l'action en annulation engagée par le défunt ou en initier une nouvelle si le délai de prescription n'est pas expiré.

 

La prescription peut être suspendue pendant un certain délai permettant aux héritiers de prendre connaissance de leur droit d'agir. Il convient de consulter rapidement un avocat spécialisé dans ces situations complexes pour préserver les droits de succession et éviter toute prescription du droit d'agir contre la banque.

 
Les emprunteurs qui ont signé des protocoles d'accord ou des transactions avec leur banque doivent vérifier si ces accords contiennent des clauses de renonciation à agir en justice.

 

De telles clauses peuvent être contestées si elles ont été obtenues dans des conditions constitutives d'un vice du consentement ou si elles méconnaissent les droits imprescriptibles du consommateur.

 

L'annulation de prêts en franc suisse reste possible même après la signature d'avenants, dès lors que ces derniers n'ont pas remédié au caractère abusif initial du contrat. Une analyse juridique approfondie s'impose pour déterminer si l'emprunteur conserve son droit d'agir.

 
Pourquoi est-il urgent d'agir sans attendre ?
 
Le risque de prescription constitue la première raison de ne pas différer l'engagement d'une action en annulation. Même si la jurisprudence tend à retenir un point de départ favorable aux emprunteurs, cette interprétation n'est pas définitivement acquise et pourrait évoluer.

Certains tribunaux adoptent encore une vision restrictive du délai de prescription, ce qui crée une insécurité juridique pour les emprunteurs. Plus le temps passe, plus le risque augmente de se voir opposer une fin de non-recevoir pour prescription.

 

La consultation rapide d'un avocat permet d'évaluer précisément la situation de chaque dossier et d'accomplir les actes nécessaires pour préserver ses droits.

 
La situation financière des emprunteurs continue de se dégrader tant que le prêt n'est pas annulé ou renégocié. Chaque échéance payée en francs suisses alourdit le montant total versé à la banque et aggrave le préjudice subi. Plus l'emprunteur attend avant d'agir, plus les sommes indûment versées s'accumulent.

 

L'annulation du contrat permet d'obtenir la restitution de ces sommes, ce qui justifie d'agir le plus rapidement possible. Le maintien d'un endettement excessif génère également un stress permanent et peut avoir des conséquences graves sur la santé et la vie familiale des emprunteurs concernés.

 
La collecte des documents nécessaires à la constitution du dossier peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois selon la réactivité de la banque pour communiquer les pièces demandées.

 

Certains documents anciens peuvent être difficiles à retrouver ou nécessiter des recherches approfondies. Anticiper cette phase de collecte permet d'éviter de se retrouver en situation d'urgence à l'approche de l'expiration du délai de prescription.

 

De plus, plus l'action est engagée tôt, plus l'avocat dispose de temps pour analyser le dossier, élaborer une stratégie juridique solide et préparer une argumentation détaillée qui maximisera les chances de succès devant les juridictions compétentes.

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